Le Sablier

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Le Sablier

Sur la paroi de verre de mon sablier
Le dernier grain de sable vient de s’accrocher
Croyant à un message de l’éternité
Que j’en oubliais même de respirer

J’entends clamer ici, voici la fin des temps
Et si c’est un répit qu’y mettrais-tu dedans ?
Figé dans ce débat je n’osais plus un geste
De peur que ce grain là, vienne causer ma perte

Sur la paroi de verre de mon sablier
Le dernier grain de sable vient de s’agripper
Croyant à un message de l’éternité
Que j’en oubliais même de respirer

J’entends encore ici, fallait compter ces grains
Tu aurais pu ainsi compter tes lendemains
Figé dans ce débat je n’osais plus un geste
De peur que ce grain là soit bien le seul qui reste

Sur la paroi de verre de mon sablier
Le dernier grain de sable vient de se bloquer
Croyant à un message de l’éternité
Que j’en oubliais même de respirer

Faut-il encore te dire comment les retenir ?
Car vivre doucement fait lentement vieillir

Sur la paroi de verre de mon sablier
Le dernier grain de sable vient de se coller
Croyant à un message de l’éternité
Que j’en oubliais même de respirer

Perdu dans ces débats j’en étais retourné
Et là m’est apparu un autre sablier
Et si ma foi la vie, un tour voulait jouer
Ce serait mon ami, un tour de sablier

Sur la paroi de verre de mon sablier
Le dernier grain de sable vient de s’écouler
Croyant à un message de ma destinée
Je l’ai pris dans mes mains pour le retourner

Création artistique et musicale SOHAM

Auteur : Didier CALLEMART

http://ch.laborde.soham.pagesperso-orange.fr/

 

 

« Milledious » et les Mille et Deux contes de MONCRABEAU – Scène 2 –

Hommage à nos menteuses et à nos menteurs …

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Depuis que M. le préfet était installé dans son palais de la préfecture, il avait dit plus de vingt fois à ses subordonnés qu’il était un enragé chasseur. Ça n’était pas vrai, mais de tomber dans ce pays de Gascogne, au déboulé des bureaux de Paris, cela vous donne des idées rustiques. La vérité, c’est que M. le préfet qui, comme menteur, n’aurait pas atteint la cheville du dernier menteur ou plutôt dirais-je menteuse de Moncrabeau, souhaitait devenir un chasseur. Dès qu’on sut qu’il était chasseur, le Maire de Moncrabeau qui était un homme avisé, en toucha deux mots au curé de Vialère qui joignait à ses dévotions, l’art confirmé de la pétoire. Les enfants de cœur ajoutaient à la légende du prêtre, que son fusil demeurait toujours en génuflexion près de la sacristie attendant que son diable de chien aboyât au passage d’un non baptisé paré de plumes ou de poils sur les pourtours de l’église.
Il l’incita donc à inviter le Préfet à faire l’ouverture en sa paroisse de Vialère pour l’aider dans ses visions.
– « Je ne vous garantis pas un tableau de Sologne, fit-il, mais il y aura de quoi s’amuser. Nous avons du lapin, du perdreau, un peu de faisan…
– Du faisan, mon Père ? Je croyais qu’il n’y en avait pas dans la contrée ?
– Dans la contrée, oui, monsieur le préfet. Mais nous l’acclimatons.  »
Ah « soutané » curé !
Il entretint ensuite M. le préfet du pont et du chemin qu’on sollicitait depuis dix ans pour aller de Moncrabeau jusqu’au Moulin de Vialère sans passer par le guet de l’église ou encore en faisant de méchants détours par les bois.
– Vous comprenez, M. le préfet, quand nous revenons, la nuit, nous n’osons plus passer le Drot avec les charrois de farine car il y a de quoi s’y rompre le cou. Nous faisons un détour par les bois du Boy et du Casteron, et c’est bien des kilomètres de plus, monsieur le préfet. Vous verrez ça quand vous viendrez à Vialère. M. le préfet prenait des notes …
– « Pont de Vialère impraticable. Crédits votés par le conseil général. Affaire arrêtée sans raison par l’administration. »
– Nous verrons cela, monsieur le Curé !
– Mais oui, monsieur le Préfet. A l’ouverture!
– Je ne dis pas non…
Bien sûr qu’il ne disait pas non. Et bien sûr, aussi, que le jour de l’ouverture il ne tarda pas pour sauter du lit dès trois heures du matin. A Vialère, le maire, le curé et les paroissiens l’attendaient sans qu’il n’y eut de discours, on cria seulement « Vive M. le préfet », et M. le préfet, si heureux de se sentir en vacances, remerciait de la tête, serrait les mains du prêtre, tapotait l’épaule du maire. Ah, ils les tenaient bien, allez, ce pont et cette route qu’ils attendaient depuis vingt ans, ces coquins assemblés. La journée commença bien. A peine entrait-on dans la vigne des Pères, qu’une compagnie de rouges se leva, père, mère et petits, pêle-mêle, en paquet piaillant. Pan Pan Pan … Deux perdreaux à terre !
M. le préfet avait tiré, mais on avait placé près de lui Camuzet, le meunier, pour « appuyer » le coup de fusil de l’invité. Cela se fait partout, monseigneur, à Rambouillet tout comme chez la reine d’Angleterre.
A cent mètres d’un taillis, Camuzet chuchota :
– Un peu à gauche, M. le préfet ! Droit sur ce chêne. S’il y a des faisans en bordure, ils seront là !
C’était un excellent chasseur, que ce Camuzet, mais ce matin il n’avait pas grand mérite à ne pas se tromper car on lui avait désigné l’endroit où l’on avait disposé les boîtes. Et tout se passa comme on l’avait souhaité. M. le préfet tua des perdreaux, tua des lièvres et tua même des faisans, que les gars du pays considéraient avec d’autant plus de curiosité que c’étaient les premiers qu’ils voyaient de leur vie. Camuzet, lui, manquait tout. Pauvre Camuzet ! De temps à autre, le maire s’approchait de lui et chuchotait, inquiet …
– Ça marche ?
– Oui ! Marmonnait Camuzet.
Mais, millédious, qu’il était maladroit. A la fin de la journée, ne se sentant plus de rage, pareil ces toqués qui hurlent « Au feu » en pleine inondation, il cria brusquement et de tous ses poumons
– A vous, le chevreuil !
Ah mes bons amis, si vous aviez vu M. le préfet mettre en joue. Il allait tirer, tirer n’importe où, à sa façon de gâcheur de poudre, quand la tête du garde champêtre émergea du fourré. Et M. le préfet, relevant son arme, sacra comme un candidat aux flammes de l’enfer.
Un chevreuil ! … Millédious de millédious de cent bons sorts. Les chasseurs accouraient, le préfet, tremblant d’émotion, expliquait … Je l’ai aperçu là, entre ces deux arbres, je l’avais au bout de mon canon, quand ce satané garde se redresse ! Mon cher maire, quel brocart !
Le mirage, tout de même. On ne souriait pas, fichtre ! Il n’y avait pourtant jamais eu de chevreuil dans le taillis, jamais, jamais, et on n’avait pas pensé à en faire venir un pour la circonstance …
On ne souriait pas, mais on s’amusait en dedans, et le seul qui ne trouva pas la farce de son goût, ce fut le garde. Quand, le soir, après le départ des autorités, on lui demanda :
– Tu ne l’as pas vu, toi, le chevreuil ? Hé bé, alors, c’est toi que M. le préfet a pris pour le brocart !…
Pauvre garde. Depuis si longtemps qu’on faisait courir le bruit que sa femme n’était pas sage, il ne devait plus l’ignorer. Mais, pardon, laissons les mauvaises langues jaser, et disons, comme le garde « Prou a taou » Assez comme ça ! D’ailleurs, l’important c’est bien qu’à Vialère on obtint un pont et un chemin si bien que le maire de Moncrabeau fit aussitôt le projet d’avoir un château d’eau.

« Milledious » et les Mille et Deux contes de MONCRABEAU – Scène 1 –

Ici, avec respect et parfois de la crainte on les appelle les Dames Blanches ou encore « Blanquettes ». De nuit, sur les coups de minuit, vous les verrez danser à la clarté de la lune dans les camous des bords de Baïse. Et si d’aventure vous poussiez plus loin le pas, vous pourriez les surprendre à s’ébattre près du lavoir du moulin de Vialère. Si la curiosité vous étreignait encore, tout en restant bien sages et tapis à les observer, vous assisteriez à un de ces bals féériques où dansent les plus délicates jeunes femmes, plus belles les unes que les autres, aussi lumineuses que des linges blancs tendus sous l’astre de nuit. Elles semblent être incapables à l’immobilité, se glissant d’un jet dans la nuit jusqu’au pont du vieux cimetière en bas de l’église, puis s’élevant en volutes piquant le ciel, redescendent brusquement en frôlant à les coucher les osiers peuplant le Drot. Ici on le sait bien, ces fées sont tenues pour être bénéfiques pour ceux qui leur offrent leur premier repas de l’an sous un rameau de gui. Par contre, malheur à ceux qui ignorent ces fées lavandières, ces « Blanquettes », qui savent se rendre cruelles, particulièrement pour les jeunes hommes imprudents. En témoigne cette histoire que l’on conte parfois autour des quelques cheminées où se chauffe l’ancien l’ayant entendu lui-même de ses ainés. Dans l’Albret, courait un percepteur qui collectait l’impôt, Garouste était son petit nom. Un jour, il arriva en cet endroit où il les trouva, s’adossa à un arbre et s’endormit là. Mal lui en prit, car lorsqu’il s’éveilla, il faisait déjà nuit. Mais surtout, elles étaient là, par dizaines, par centaines, qui le sait ? Les fées lavandières, groupées autour des failles que dans l’argile le Drot avait creusées, s’activaient à nettoyer leur linge clair, en murmurant des paroles anciennes. La grande lessive avait commencée, et la lune semblait y prendre part, envoyant ses rayons scintillants sur les linges immaculés. Ah ! Quel étrange et fascinant spectacle ! Nous savons tous, ici, qu’il ne fait jamais bon s’attarder près des ruisseaux ces nuits là ! Mais Garouste, soit qu’il se crut plus malin que nous autres, soit qu’il fut déjà charmé par la suave harmonie des murmures, ne s’en retourna pas. Tout au contraire, il s’avança pour mieux apercevoir les magnifiques créatures. Elles semblaient si belles, si douces et si inoffensives ! Il marcha, toujours plus fasciné, jusqu’à une petite anse au-dessus de laquelle était penchée la plus délicieuse silhouette qu’il ait jamais vue. Fine, menue, sa peau avait la couleur du lait, et sa chevelure semblait retenir des milliers d’étoiles prisonnières de ses mèches. « Milledious, qu’elle était belle !… ». Il s’était avancé sans bruit, mais son pied cassa une brindille sur le sol et il en fut fait de lui. La fée releva la tête et planta son regard noir perçant et ténébreux dans le sien. Son sang se glaça, son cœur s’enflamma, son âme se déroba et s’envola dans les airs… Les blanquettes, empoignant leur linge, s’enfoncèrent dans les berges comme dans des sables mouvants, la lune disparut, et Garouste se retrouva seul. Faut-il vraiment vous dire combien il pleura, se lamenta ? Ses plaintes parvinrent jusqu’à l’église, s’engouffrant dans les murs, s’insinuant par gonds et serrures. Les habitants se réveillèrent, les bébés braillèrent, les chiens se mirent à hurler, les chevaux s’emballèrent et chacun sut ce qui s’était passé… Il erra des jours, des années. Il parcourut le monde, cherchant son âme de-ci, de-là, pleurant, priant et soupirant. Mais désormais, damné il était, damné il resterait. Jamais il ne put se libérer, sans femme à aimer. Alors que le vieil âge le gagnait, que ses cheveux blanchissaient et que sa peau se fripait, il comprit que c’était à la fée qu’il appartenait, et résolut de s’y abandonner. Il revint à Vialère et se dirigea vers le ruisseau. Arrivé au lavoir du moulin, s’adossa à un arbre et attendit la nuit. Quand la lune monta, dans l’eau il s’enfonça… Qui vint le prendre ? La fée ? La mort ? Nul ne le sait, et nul ne le revit jamais. Et moi, après vous l’avoir narré, je remets cette histoire au fond de l’eau, là où je l’ai trouvée en suivant un vol de libellules bleues…

Douce de Vialère

ORIGAMI – Les Replis du Temps

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Je ne suis pas de ceux, d’icelles qui maudissent les temps
Car je ne suis ni ceux ni celles qui s’accrochent aux tourments
Prends garde à l’espoir qui brise le présent
Il n’est de temps à remettre qui ne vaille cet instant

Aux ailes des éphémères plus légères que le vent
S’accrochent les promesses d’ailleurs, un autre printemps.
A l’âtre des présents éternels, je consume l’encens
Vœux des meilleurs en devenir et des bons sentiments

Je ne suis pas de ceux, d’icelles qui maudissent les gens
Car je ne suis ni ceux ni celles qui croient aux jugements
Prends garde au regret qui altère le présent
Il n’est de temps à revivre qui ne vaillent cet instant

Aux replis du temps fanent les saveurs passées
Une fleur de pensée séchée entre deux pages oubliées
Ne rappelle jamais le livre des étés bien vécus
Comme ces bouquets, sitôt cueillis, sitôt perdus

Je ne suis pas de ceux, d’icelles qui passent le temps
Car je ne suis ni ceux ni celles qui voguent aux courants
Prends garde à l’instant qui délie le présent
Il n’est qu’un temps à vivre, il est maintenant

La pensée nourrit le geste qui épouse la destinée
Esprit fugue joue les notes qu’accroche cette portée
A nos sons mêlés, ivres dansent tous les hommes
Sourds à l’appel d’abandon que délivre l’Automne
Je suis de ceux et celles qui aiment tous les temps
Car je suis de ceux, de celles qui espèrent en vivant
Prends garde à l’instant qui fige le présent
Il n’est plus temps à vivre, il est temps maintenant

Douce coupe de vie recueille le doux onguent
Pour l’y cueillir cette main en calice qui se tend
Hiver de tous les hommes qui givre cet instant
Révèle cet autre devenir à celui qui prit le temps

 

Douce de Vialère

Accueil à la nouvelle année … Mirage ou vision ?

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29 Décembre 2015 – Mirage ou vision ?

 

2016 se profile avec son lot de vues non distinctes, résultantes qui s’imposent comme un chemin ou une nouvelle voie à tracer.

Je vois un fil.  Dans cette mêlée faite de doutes et d’espoirs, émergent des scènes bien détaillées, celles-ci côtoient d’autres décors dans lesquels persistent de faux habillages et les tentures qui recèlent les futurs poignards affutés au fil des grimaces faites aux mensonges et aux vérités tronquées.

Resterais-je debout ? Si je tombe, je me relève … Pourquoi ?

Une nécessité qui propulse hors de soi pour aller battre le terrain des désillusions et des mirages à effacer.

S’ils sont à effacer, qu’est ce qui advient dans la clarté ?

… Un personnage… lui même s’extrait du mirage vibrant encore du fracas des luttes anciennes. Sans triomphe ni gloire, il montre l’horizon du monde nouveau.

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Si je tombe, je me relève… Pourquoi ? Aujourd’hui 5 Mars, je comprends ces songes des aurores de 2016. La réponse est venue claquante « Ne vous résignez pas ! »

Je sais aujourd’hui avec qui je tracerai cette voie du faire, c’est avec Bruno Le Maire. Si je tombe, je me relève … et je resterai debout pour faire la trace des suivants.